05/01/2007

Sainte-Hélène et le monde

P1020102

Sainte-Hélène n’est ni une île africaine, ni une île européenne, encore moins asiatique ou américaine, c’est un lieu original que l’on a du mal à comparer. Cela dit, l’Angleterre dont elle dépend est bien présente et l’on remarque facilement par une multitude de détails que l’on est en territoire britannique. Les Saint-Héléniens sont par ailleurs très patriotes et très attachés à la reine dont le portrait est au mur chez la plupart d’entre eux. Même si les lieux de cultes ont tendance à se vider, l’Eglise anglicane reste prépondérante et l’évêque est toujours l’une des personnalités importantes. C’est le principal orateur lors d’une cérémonie du 11 novembre à forte connotation religieuse et son message de Noël est diffusé dans les deux organes de presse, juste après celui du gouverneur. Le clergé est composé de personnages pittoresques voire franchement comiques. L’un d’eux par exemple n’hésite pas à monter sur scène pour jouer le rôle de la reine dans une version satirique de « Blanche Neige et les sept nains ». Ceci n’a rien de neuf. L’histoire de Sainte-Hélène est pleine de récits de sacristains plus bizarres les uns que les autres.

Quant au pouvoir civil, son principal représentant est bien sûr le gouverneur, aujourd’hui Michael Clancy, un Gallois issu du secteur privé. C’est quelqu’un de très informel et apprécié. Son style convivial tranche selon les insulaires avec le style réservé de son prédécesseur, David Hollamby. Le Gouverneur Clancy revient d’Afrique du Sud demain (le 6 janvier) où il s’était rendu pour le départ de la Governor’s Cup Yacht Race Le Cap – Sainte-Hélène.

Le sujet politique du moment et qui risque de le rester pendant encore un certain temps est la construction de l’aéroport. La fin des travaux était prévue pour 2010, mais rien ne sera achevé avant 2012. A vrai dire, les négociations avec l’entreprise qui le construira n’ont pas encore débutées. Deux arpenteurs sud-africains et un géologue anglais sont arrivés en même temps que moi pour étudier l’emplacement d’une piste à Prosperous Bay Plain, au nord-est de l’île, qui devrait pouvoir accueillir des avions de la taille d’un Boeing 737[1]. Le réseau routier n’étant pas adapté[2] pour acheminer le matériel de construction depuis Jamestown, située au nord-ouest, une nouvelle route à double voie devra être construite reliant Ruperts, localité voisine de Jamestown, à Prosperous Bay Plain. Cette idée est critiquée par certains insulaires qui ne comprennent pas l’intérêt de construire une route dont il ne voit pas l’utilité après l’achèvement de l’aéroport car Ruperts n’est qu’une localité de quelques maisons qui n’a aucune vocation touristique et qui constitue un important détour pour quitter Jamestown. D’une manière plus générale, les réactions des insulaires par rapport à la question aéroportuaire sont les suivantes : il y a ceux qui sont ravis d’être un peu moins isolés du monde, en particulier les Saint-Héléniens qui ont de la famille à l’île de l’Ascension, aux Falklands et en Angleterre. Avec l’aéroport le coût des déplacements se réduiraient et surtout, les voyages seraient moins longs. Les autres ont peur de perdre leur tranquillité et le charme de leur île. Le gouvernement voit effectivement le tourisme comme l’industrie qui va guider le développement économique[3]. Pour ce faire, il estime que pour 2015, Sainte-Hélène aura besoin de 250 chambres dont 100 de catégorie cinq étoiles[4]. Le gouvernement affirme malgré tout souhaiter conserver la beauté de l’île en imposant un quota de touristes. Quoi qu’il en soit, une île peu peuplée et sans véritable plage semble avoir peu de chances de devenir une grande destination de vacances.

Cette évolution convient parfaitement à Michel Dancoisne-Martineau. Le consul de France et conservateur des domaines français de Sainte-Hélène espère notamment profiter d’un plus grand nombre de visiteurs pour rendre payante l’entrée des sites napoléoniens pour qu’ils soient financièrement autosuffisants. Michel, comme tout le monde l’appelle ici, est l’un des seuls francophones de l’île. Il n’y a donc pas d’influence française à Sainte-Hélène et personne ne parle la langue de Voltaire.

Par contre, un grand nombre d’insulaires sont d’origine africaine. Ils sont les descendants d’esclaves provenant de Madagascar ou de l’ouest de l’Afrique et furent utilisés dans l’île à l’époque de la Compagnie des Indes Orientales. A partir de 1840, après l’interdiction de la traite et l’abolition de l’esclavage dans les colonies britanniques, un escadron de la Royal Navy basé à Sainte-Hélène fut chargé de traquer les navires esclavagistes. Il s’agissait souvent de vaisseaux battant pavillons portugais ou brésilien et acheminant des Noirs d’Angola au Brésil. Une fois libres, les nouveaux affranchis étaient renvoyés en Afrique, mais beaucoup sont restés dans l’île.

Aujourd’hui, par sa proximité avec ce pays, les contacts avec l’Afrique du Sud sont assez développés. Les Sud-Africains sont à mon avis les étrangers les plus présents dans une île que le RMS St Helena approvisionne d’ailleurs essentiellement à partir du Cap. A la fois cargo et bateau de croisière, ce navire est à peu près le seul lien entre Sainte-Hélène et le reste du monde. Généralement, il part du Cap, parfois de Walvis Bay, en Namibie, passe par Sainte-Hélène, puis continue sa route vers l’île de l’Ascension et retourne au Cap par le même chemin. Quelques fois par an, il retourne en Angleterre via Tenerife et Vigo en laissant derrière lui une population coupée du monde. Il y a tout de même un tanker qui passe tous les trois mois ravitailler l’île en fuel. Les autres bateaux sont uniquement des navires de croisières qui débarquent pour quelques heures leur lot de pappies et mamies en culottes courtes. Il y en a eu trois depuis mon arrivée au début du mois de novembre, ce qui est beaucoup pour une aussi courte période. Avec une cinquantaine d’escales par an, Sainte-Hélène est aujourd’hui bien plus isolée qu’elle ne l’était au milieu du 19e siècle quand plus de mille navires s’y arrêtaient annuellement[5]. Par conséquent, il y a souvent pénurie de l’une ou l’autre denrée et on ne peut jamais rentrer dans un magasin avec la certitude de trouver ce que l’on recherche.

Les origines asiatiques de certains habitants sont aussi facilement décelables. Ce sont souvent les descendants de travailleurs chinois. Les premiers arrivèrent en 1810 et étaient originaires de Canton. Ils étaient engagés pour un contrat à durée déterminée, mais nombre d’entre eux s’établirent définitivement dans l’île.

La présence d’une base militaire américaine à l’île de l’Ascension, dépendance de Sainte-Hélène se fait également ressentir. Elle a probablement des effets sur les goûts musicaux des habitants qui sont fans de musique country. Les radios en transmettent allègrement si ce n’est à la période de Noël où les chants de circonstances prennent intensément le relais.

L’approche des fêtes de fin d’année fut aussi l’occasion de l’ouverture d’un Festival d’Art et de culture. De nombreuses parades de Noël d’un style plutôt carnavalesque étaient organisées. Les gens dansaient déguisés dans la rue tandis que des voitures enguirlandées diffusaient des Jingle Bells et des White Christmas, quelquefois en version reggae. Il y avait notamment des concerts le soir à Prince Andrew School, la seule école secondaire de l’île, et dans les différentes églises. Ce fut aussi l’occasion de l’inauguration d’une exposition de photos au musée de Sainte-Hélène et d’une exposition d’Art africain. Il y eut aussi l’ouverture du Flax Mill Museum qui comme son nom l’indique est un musée du moulin à flax. Cette plante coriace, aussi appelée lin de Nouvelle-Zélande, fut plantée et traitée dans l’île jusqu’à la fin des années 1960. Aujourd’hui le flax est progressivement éliminé, mais continue d’occuper certaines collines du centre de l’île.

Bien que fort coupée du monde, Sainte-Hélène reste donc un lieu assez vivant, mais sa population vieillit, le taux d’émigration est énorme et son économie est pratiquement morte ce qui pourrait avoir des conséquences à long terme sur sa viabilité. Pour beaucoup l’espoir réside donc dans la construction d’un aéroport, même si il est toujours à l’état de projet.

P1030751
Flax au Diana’s Peak National Park.

P1040037
A l’avant plan: reboisement et création de la Millenium Forest gérée par le St Helena National Trust. A l’arrière plan: Prosperous Bay Plain, le site du futur aéroport.

P1030923
Prosperous Bay Beach avec dans le fond, le Barn, juste derrière Turk’s Cap (le rocher ressemblerait à un turban).
P1040023

Fisher’s Valley.

P1040061

Couché de soleil sur Sandy Bay Barn.


[1]

St Helena Tourism Policies, Government of St Helena, November 2006, art. 5.1.

[2]

Les routes sont étroites et il est souvent difficile pour deux voitures de se croiser. Celles qui mènent vers les côtes forment des lacets.

[3]

St Helena Tourism Policies,…, art. 1.1.

[4]

Ibidem, art. 9.1.

[5]

9.6. Shipping calls to St. Helena by type (1752-2000) in St. Helena and dependencies, Statistical Yearbook 2004, Development and Economic Planning Department, Jamestown, St. Helena.

Commentaires

Merci pour ces très belle photos, un moment dévasion.

Écrit par : Parée jp | 07/01/2007

trompé d'URL, désolé...

Écrit par : Parée jp | 07/01/2007

Merci pour toutes ces belles photos. Voilà un voyage que j'aimerai bien faire.

Cordialement à vous

Solange

Écrit par : SOLANGE | 16/11/2012

Les commentaires sont fermés.