10/02/2010

La Compagnie des Indes Orientales perd ses droits sur Sainte-Hélène

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Sainte-Hélène devient colonie britannique

 

Le Government of India Act de 1833 prévoit qu’en date du 22 avril 1834, Sainte-Hélène cesse d’être gérée par la Compagnie des Indes Orientales pour passer pleinement sous le contrôle du gouvernement de Grande-Bretagne.

 

A partir de cette date, la Compagnie perd tous ses droits sur l’île et les gouverneurs sont nommés par le ministère des colonies. Le lendemain du jour prévu, l’évènement est salué par une salve de canons et l’Union Jack est hissé au mât de Ladder Hill qui domine Jamestown. En pratique, les affaires courantes sont encore gérée, contre payement, par l’ancienne administration jusqu’à ce que débarque le Général George Middlemore au début de 1836.

 

Dès son arrivée à Sainte-Hélène, le nouveau gouverneur Middlemore – de comportement dictatorial – est détesté, mais il répond fidèlement aux exigences de Londres. Suivant le rapport des commissaires Brandreth et Walpole envoyé sur place, il réduit drastiquement la paye des fonctionnaires –  et surtout des militaires – et décide d’augmenter les taxes à l’importation. Considérablement appauvris par cette politique, 120 hommes et des familles entières émigrent au Cap en 1838. Le nouveau pouvoir, conscient du caractère chimérique de l’idée de rendre l’île économiquement viable, la conçoit dorénavant exclusivement comme base militaire.

 

Les causes de ce transfert de pouvoir s’expliquent notamment par le développement de l’idéologie libérale peu encline à tolérer les privilèges commerciaux de la Compagnie. En 1813 déjà, elle avait perdu son monopole dans le commerce des Indes orientales. Elle cèdera d’ailleurs en 1858 tous les pouvoirs politiques, administratifs et militaires, qu’elle détenait en Inde, au gouvernement britannique.

 

Jusqu’au début des années 1830, la Compagnie avait maintenu à Sainte-Hélène une économie fermée et constituait le fournisseur exclusif de tous les biens de consommation, l’acheteur incontournable des produits de l’île et l’acteur politique, social et économique fondamental des lieux. Les navires étrangers nécessitant d’être ravitaillés étaient largement taxés et l’administration locale tolérait que quelques familles seulement, liées par intermariage, se partagent les postes-clés, ce qui générait assurément de nombreux abus, généralement impunis.

 

Dès le début, l’East India Company avait géré l’île dans son unique intérêt, sans se préoccuper de celui des habitants ce qui engendrait régulièrement des tensions, voire des révoltes. Les lieux ne lui rapportaient financièrement rien. Ils ne représentaient en définitive qu’un coût nécessaire pour son commerce en Asie.

 

Le changement de gouvernement à l’île de Sainte-Hélène constitue l’une des pertes de pouvoir et d’influence successives de la Compagnie des Indes Orientales au XIXe siècle qui aboutiront à sa dissolution pure et simple par décret en 1874.

 

Références : DANCOISNE-MARTINEAU, M., « Sainte-Hélène, un aperçu historique » dans CHEVALLIER, B., DANCOISNE-MARTINEAU, M., LENTZ, Th., Sainte-Hélène, Île de Mémoire, Paris, 2005, p. 233 ; GOSSE, Ph. St. Helena 1502-1938, London, 1938, p. 303 ; ROYLE, S., The Company’s Island : St Helena, company colonies and the colonial endeavour, London, 2007, p. 161.

 

(Illustration: Vue de Jamestown, G. W. Mellis, Surveyor-General of the Island, A View of the Upper Part of the Main Street, Jamestown, Londres, 1857)

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