13/06/2010

Le premier habitant de Sainte-Hélène

Old map St Helena - Copie

L’incroyable histoire de Fernão Lopez

L’histoire du premier habitant de l’île de Sainte-Hélène est digne d’un film d’aventure. Rapportée par de nombreux historiens, elle n’en demeure pas moins rocambolesque.

Portugais de petite noblesse, Fernão Lopez – parfois appelé Fernando Lopez – embarque en 1503 pour Goa aux côtés d’Afonso de Albuquerque. Celui-ci reste peu de temps sur place et n’y revient que deux ans plus tard. A son retour, il constate que les lieux ne sont plus tenus par ses hommes, que les Portugais se sont mariés avec des femmes de l’endroit et que certains, dont Lopez, ont embrassé la foi musulmane.

La situation se dégrade. Lopez et ses hommes prennent les armes aux côtés du Rasul Khan. Vaincu, ce souverain local accepte que les Portugais « renégats » soient remis aux mains de Albuquerque à conditions qu’ils aient la vie sauve. Celui-ci respecte ces conditions, mais torture tellement atrocement les prisonniers qu’une large part d’entre eux décède dans les jours qui suivent. Lopez a les oreilles, le nez, la main droite et le pouce gauche tranchés pour trahison et ignominie contre Dieu et le Roi, mais survit à cet horrible traitement.

Il reste en Inde jusqu’au décès de Albuquerque en 1515, avant d’embarquer, peut-être en tant que clandestin sur un navire à destination de Lisbonne. Pendant le trajet, il se met à douter du bien fondé de sa décision de retourner dans sa patrie. Lors d’une escale à Sainte-Hélène, il prend la fuite et se cache dans la forêt. Après l’avoir cherché en vain, les marins repartent sans lui. Selon d’autres sources, il demande d’être débarqué avec quatre esclaves.

Quoi qu’il en soit, il s’établit durablement sur l’île où il trouve une grotte pour s’abriter. Il y aurait vécu en compagnie d’un coq évitant soigneusement de se montrer aux voyageurs de passage. Lopez profite de la nature unique, vierge et verdoyante de ce coin de paradis perdu au milieu de l’océan, évoluant au milieu des gumwoods, des fougères arborescentes et autres espèces endémiques, vestiges de temps immémoriaux. Les marins découvrent sa cache, même si lui-même reste introuvable. Son histoire devient célèbre au Portugal et la haine à son égard fait place à la compassion.

Dix ans après son arrivée dans l’île, les Portugais parviennent à l'approcher par l’entremise d’un esclave javanais en fuite et le convainquent de rejoindre Lisbonne. L'histoire veut que Lopez retrouve sa famille au Portugal, rencontre le roi Jean III et même le pape Clément VII, à Rome. Ce dernier l’aurait absout du péché d’apostasie et aurait exhaussé ses vœux de retour à Sainte-Hélène. C’est là qu'il finit sa vie vers 1545.

Références : DANCOISNE-MARTINEAU, M., « Sainte-Hélène, un aperçu historique » dans CHEVALLIER, B., DANCOISNE-MARTINEAU, M., LENTZ, Th., Sainte-Hélène, Île de Mémoire, Paris, 2005, pp. 13-14 ; GOSSE, Ph. St. Helena 1502-1938, London, 1938, pp. 4-10 ; The Commentaries of the Great Afonso Dalboquerque, Translated from the Portuguese Edition of 1774.

(Illustration : Sancta Helena, Bertius, 1618)

12/04/2009

João da Nova, découvreur de l’Atlantique Sud

af-459[1]

João da Nova, ses voyages et découvertes

La troisième flotte que le roi de Portugal, Manuel Ier le Fortuné (1495-1521) envoya en Inde en 1501 était dirigée par João da Nova – ou Juan de Nova – navigateur galicien. La même année, il découvrit l’île de l’Ascension qu’il baptisa Conception. Cette île fut revendiquée officiellement par Alphonse d’Albuquerque au nom du Portugal le jour de la fête de l’Ascension 1503, d’où son nom.

Arrivé dans le sous-continent, da Nova y fonda un comptoir à Cannanore. En 1502, après avoir défait une flotte du Zamorin de Calicut, il s’en retourna au Portugal et découvrit une île qu’il baptisa Sainte-Hélène. Avec l’épave de l’un de ses navires, il aurait construit une chapelle qui aurait donné son nom à la vallée qui l’entoure – Chapel Valley –, aujourd’hui connue sous le nom de James Valley.

Da Nova, qui était aussi considéré comme un spécialiste de l’Océan indien équatorial, rentra en conflit avec Albuquerque et Almeida. Décédé à Cochin en 1509, il donna son nom à l’île Juan de Nova – qu’il découvrit également – située dans le canal du Mozambique et actuellement dépendance des Terres australes et antarctiques françaises.

Références : Geneviève Bouchon, « Premières reconnaissances portugaises dans l’Océan indien : L’inscription de Colombo (1501) et la Recherche de Ceylan, » dans Revue d’Histoire Maritime, Rivalités maritimes européennes (XVIe siècle-XIXe siècles), PUPS, Numéro 4, 2005, p. 42 ; Edward Cannan, Churches of the South Atlantic 1502-1991, 1992, pp. 23-28 ; António Henrique de Oliveira Marques, Histoire du Portugal et de son empire colonial, 1998, p. 164.

(Illustration : Gravure représentant l’île de Sainte-Hélène et la vallée de la Chapelle, Jan Huyghen van Linschoten, Amsterdam, 1596)

10/04/2009

Sainte Hélène : sa vie, sa fête, le nom d’une île

 helenaCima[1].jpg

Sainte Hélène, mère de l’empereur Constantin
 
Sainte Hélène fut la concubine de l’empereur romain Constance Chlore et la mère de l’empereur Constantin (306-337) qui, par l’édit de Milan (313), mit fin aux persécutions des chrétiens. Elle exerça une grande influence sur les décisions de son fils en matière religieuse et on lui a attribué la découverte de la Sainte-Croix. 
 
La raison pour laquelle le navigateur portugais João da Nova baptisa « Sainte-Hélène » l’île qu’il découvrit le 21 mai 1502 est obscure. Selon le calendrier catholique, sainte Hélène est fêtée le 18 août, et non le 21 mai, date à laquelle on fête Constantin. Pourquoi donc avoir baptisé une île par le nom de la mère du saint qui était fêté le jour de la découverte de l’île ?
 
L’explication la plus probable semble la suivante. A la fin du Moyen Âge et au début de la Renaissance, la péninsule ibérique accueillait de nombreux Grecs, qui étaient notamment employés dans la marine. Il semble fort probable que certains d’entre eux aient accompagné da Nova dans son voyage et que, par conséquent, ce soit le calendrier orthodoxe qui ait servi de référence pour donner un nom à l’île. Selon celui-ci, en effet, sainte Hélène est fêtée le 21 mai.
 
Référence : Edward Cannan, Churches of the South Atlantic 1502-1991, 1992, pp. 23-24.
 
(Illustration: Cima da Conegliano, St Helena, 1495, National Gallery of Art, Washington)