01/12/2010

Visiteurs célèbres à l’époque de la Compagnie des Indes Orientales

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Ils ont connu l'île avant Napoléon

 

Lorsque l’on évoque Sainte-Hélène, c’est l’image de Napoléon qui vient généralement à l’esprit. Pourtant, avant son exil, quelques personnalités de renom y avaient déjà séjourné.

 

Edmund Halley est l’un d'eux. Il avait vingt ans en 1676 lorsque, jeune astronome, il débarque dans l’île pour réaliser une cartographie stellaire de l’hémisphère sud et étudier les orbites de Vénus et de Mercure. L’une des collines de Sainte-Hélène qui était devenue son laboratoire est encore appelée Halley’s Mount de nos jours.

 

Le fameux explorateur et capitaine de boucaniers, William Dampier, y séjourne, quant à lui, cinq ou six jours en 1691. Il dresse un constat toujours valable aujourd’hui : les insulaires ne peuvent vivre décemment s’ils ne sont pas soutenus financièrement outremer.

 

Le capitaine James Cook fit quant à lui escale à Sainte-Hélène en 1771, puis en 1775. Dix ans plus tard, c’est le futur duc de Wellington qui y fait étape de retour des Indes. Le vainqueur de la bataille d'Assaye loge à Jamestown dans la même maison où, en 1815, Napoléon passera ses premières nuits.

 

Références : MACÉ, J., Dictionnaire historique de Sainte-Hélène, Paris, 2004, p. 242 ; GOSSE, Ph. St. Helena 1502-1938, London, 1938, pp. 196-197 ; STEINER, S., LISTON, R., St Helena, Ascension, Tristan da Cunha, Chalfont St Peter, 2007, p. 22.

 

(Illustrations: William Dampier par Thomas Murray, ca. 1697 ; Capitaine James Cook par Nathaniel Dance, 1776 ; Le duc de Wellington par Sir Thomas Lawrence, 1814)

 

14/05/2010

Invasion et recolonisation

STHELENAMALLET[1] - Copie - Copie.jpgLa refondation de la colonie (1673)

Dans les années 1670, les Hollandais regrettent amèrement de ne s’être jamais établis durablement à Sainte-Hélène, brièvement occupée dans les années 1630 et 1640. Les lieux auraient pu en effet constituer pour eux une étape précieuse sur le chemin du Cap de Bonne Espérance, dont la colonisation avait été inaugurée en 1657 par Jan Van Riebeeck au nom de la VOC (Vereenigde Oost-Indische Compagnie). Après avoir recherché en vain une autre terre qui aurait pu leur convenir, ils se tournent de nouveau résolument vers l’île perdue. 

Au début de l’année 1673, après une première tentative échouée, quelques centaines de Hollandais envahissent Sainte-Hélène. Ils ont vite raison de la petite colonie. Le gouverneur et la plupart des habitants parviennent à l’évacuer. Leurs ennemis renforcent les fortifications.

Mais cinq mois plus tard, le capitaine Richard Munden réagit. Il débarque deux cents hommes au nord-est dans un lieu baptisé Prosperous Bay, puis contourne l’île pour menacer Jamestown. Les Hollandais, trop peu nombreux cette fois, capitulent. Le pavillon anglais est de nouveau hissé le 15 mai 1673.

Six mois plus tard, une charte du roi Charles II réattribue l’île à la Compagnie des Indes Orientales. Elle établit son mode de gouvernement, insiste sur l’importance stratégique des lieux ainsi que sur son rôle de forteresse et entend corriger les erreurs qui ont provoqué brièvement sa perte. La charte de 1673 est donc à comprendre comme le texte fondateur de la colonie retrouvée.

La plupart des habitants ayant quitté l’île lors de l’occupation hollandaise, Sainte-Hélène doit être repeuplée. C’est chose faite avec l’arrivée, la même année, des 119 premiers immigrants, planteurs pour la plupart. Cinquante ans plus tard, en 1722, la colonie compte près de mille habitants : il s’agit essentiellement des soldats de la garnison, de planteurs et d’une minorité d’esclaves.

Références : DANCOISNE-MARTINEAU, M., « Sainte-Hélène, un aperçu historique » dans CHEVALLIER, B., DANCOISNE-MARTINEAU, M., LENTZ, Th., Sainte-Hélène, Île de Mémoire, Paris, 2005, p. 22 ; ROYLE, S., The Company’s Island : St Helena, company colonies and the colonial endeavour, London, 2007, pp. 47-55, 146-154 et 177.

(Illustration: Sainte-Hélène, Mallet, 1683)

01/12/2009

John Dutton lance la colonisation anglaise de Sainte-Hélène

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Les Anglais prennent possession de l’île de Sainte-Hélène

Dans le courant de l’année 1657, Oliver Cromwell commence à s’intéresser à l’île de Run dans les Moluques. La région faisait l’objet de rivalités entre Anglais et Hollandais depuis 1616. Voyant dans son occupation un moyen de briser le monopole hollandais sur le commerce des épices, Cromwell décide d’accorder à la Compagnie des Indes Orientales une charte lui permettant de contrôler des territoires et d’y construire des fortifications.

En octobre 1658, le capitaine John Dutton, qui avait servi précédemment la VOC (Vereenigde Oost-Indische Compagnie) et dont l’épouse est une Hollandaise originaire de Batavia est nommé gouverneur de Run. Par crainte de provoquer un nouveau conflit, l’expédition est néanmoins postposée. La Compagnie des Indes Orientales préfère envoyer dans un premier temps Dutton à Sainte-Hélène, qu’une charte octroyée par Richard Cromwell à ladite Compagnie autorisait à gouverner. Il doit en prendre possession, la fortifier et y établir des plantations afin d’en faire une base arrière pour le développement du commerce oriental. Le chef de l’expédition a pour ordre de rester à Sainte-Hélène jusqu’à ce qu’il y ait fondé une colonie après quoi il doit être envoyé à l’île de Run.

Dutton, qui quitte l’Angleterre à bord du Marmaduke en février 1659, doit faire escale au Cap-Vert pour acheter diverses « plantes, racines et herbes », mais aussi cinq ou six esclaves africains. Il débarque à Sainte-Hélène, le 5 mai de la même année, dans un lieu nommé Chapel Valley – ainsi nommé en raison de la chapelle qui y avaient été édifiée par les Portugais – et en devient le premier gouverneur. Autour du fort de forme triangulaire qu’il construit, se forme une petite bourgade qui deviendra Jamestown.

Deux ans plus tard, Dutton quitte l’île pour les Moluques. Quand il arrive à destination, il comprend que Run est occupée par les Hollandais qui n’ont nullement l’intention de se rendre. Après quelques escarmouches, les Anglais abandonnent la partie. Repris plus tard, les lieux seront échangés avec Manhattan à l’occasion du traité de Breda (1667).

A Sainte-Hélène, par où repasse Dutton sur le chemin du retour, la petite colonie anglaise s’est bien implantée. Dès le début de l’année 1659, soit avant sa première arrivée, chaque navire de la Compagnie revenant d’Orient devait y débarquer une tonne de riz pour l’approvisionner. Robert Stringer, qui avait succédé à Dutton après son départ, découpe l’île en cinquante parcelles : il s’en réserve cinq, quinze sont octroyées à la Compagnie et le reste est distribué aux colons qui ne sont alors que trente. Ceux-ci doivent travailler à la construction du fort et servir de sentinelles.

L’île se peuplera progressivement avec l’arrivée de colons dont bon nombre quittèrent l’Angleterre après le grand incendie de Londres de 1666. 

Références : DANCOISNE-MARTINEAU, M., « Sainte-Hélène, un aperçu historique » dans CHEVALLIER, B., DANCOISNE-MARTINEAU, M., LENTZ, Th., Sainte-Hélène, Île de Mémoire, Paris, 2005, pp. 21-22 ; GOSSE, Ph. St. Helena 1502-1938, London, 1938, pp. 44-52 ; ROYLE, S., The Company’s Island : St Helena, company colonies and the colonial endeavour, London, 2007, pp. 17-19, 23-24 ; GILL, R., TEALE, P., St Helena 500, A Chronological History of the Island, s.l., 1999, pp. 68-76.

26/01/2007

L’île forteresse

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Jusqu’à l’invasion très temporaire des Hollandais en 1673, le petit fort de Jamestown paraissait suffisant pour protéger une île qui semblait une véritable forteresse naturelle. C’était sans compter sur la possibilité d’une invasion par certaines plages qui constituaient des brèches dans le dispositif. Aussi, dès la reconquête, les défenses de Jamestown furent fortement renforcées et des fortifications apparurent un peu partout sur la côte: notamment au lieu de débarquement hollandais de Lemon Valley ainsi qu’à Prosperous Bay où les Anglais avaient envoyé deux cents hommes en mai 1673. Des batteries furent aussi placées à des points stratégiques comme Munden’s Hill et Turk’s Cap, au nord-est de l’île, et surtout aux alentours de Banks Valley située entre la capitale de l’île et Sugar Loaf, où l’on trouve le plus grand réseau de constructions militaires. Bien d’autres points faibles furent aussi cadenassés et il est encore possible de trouver aujourd’hui de nombreux canons souvent corrodés par l’air marin et datant du 18e siècle.

Pour la plupart, ces fortifications existaient et se sont développées avant l’arrivée de Napoléon et furent encore d’usage après son décès, mais vers le milieu du 19e siècle, avec l’apparition de nouvelles générations de canons, les batteries classiques s’éclipsèrent au profit de places fortes dont les principales devinrent les forts de High Knoll et de Ladder Hill. Sur Munden’s Hill et à Banks Valley, on a aussi un aperçu de fortifications plus récentes.

Cet impressionnant dispositif a évidemment joué un rôle important dans la décision de déporter Napoléon à Sainte-Hélène. Il fallait trouver un endroit suffisamment éloigné du continent européen pour que ses partisans perdent tout espoir de le revoir en France. Le choix d’une colonie s’imposait donc. Pendant quelques temps, il y eut hésitations avec Le Cap de Bonne Espérance, mais l’importance de l’arrière pays a écarté cette dernière possibilité en faveur d’une île perdue dans l’Atlantique Sud.

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Sampson’s Battery sur Munden’s Hill.
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Half Moon Batterry surveillant Lemon Valley.
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Prosperous Bay Battery.
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Vue d’une partie du complexe de Banks Valley.

Références: Denholm, K., South Atlantic Fortress, Jamestown, 2006 ; Goss, Ph., St. Helena, 1502-1938, London, 1938 ; Janisch, H. R., Extracts from the St. Helena Records and chronicles of Cape Commanders, Jamestown, 1908.

19/01/2007

Jamestown

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Jamestown s’étend dans une vallée profonde au bord de l’océan. Tout nouvel arrivant y passe nécessairement. On débarque au pied de Munden’s Hill avant de prendre un minibus qui roule à peine cent cinquante mètres avant de déposer ses passagers non loin de l’Arche qui est la porte d’entrée de la petite ville et par laquelle on pénètre après avoir traversé les anciennes douves. Le visiteur découvre alors Grand Parade, la « Grand Place » de Jamestown, avec la prison et St James Church qui serait la plus ancienne église anglicane de l’hémisphère sud. Le Ladder, fameux escalier construit sur la colline du même nom se trouve à sa droite, tandis qu’à sa gauche, notre voyageur apercevra la Cour de Justice, la Bibliothèque et surtout le Castle, grosse bâtisse, construite dès l’arrivée des Anglais, puis rebâtie au début du 18e siècle. Le Bureau du Gouverneur, la Chambre du Conseil et les différents services du gouvernement s’y trouvent toujours.

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Entrée du Castle

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On arrive alors dans Main Street avec à droite les jardins de la Compagnie des Indes Orientales et New Porteous House qui  a été construite à l’identique et au même endroit que la pension où Napoléon a passé sa première nuit dans l’île. La maison suivante est celle du St Helena National Trust où je travaille. Un peu plus haut, il y a encore la Wellington House et quelques magasins dont le Spar, l’une des principales épiceries de Sainte-Hélène. Elle est gérée par Solomon & Co, une entreprise omnipotente et dont le fondateur, Saul Solomon était déjà le principal fournisseur de Napoléon et sa suite.

Au bout de Main Street, on arrive à un croisement. A gauche commence Napoleon Street. Cette route qui grimpe sur le versant de Munden’s Hill offre le chemin le plus court pour se rendre à Ruperts et à Longwood, l’autre est Market Street qui reste dans la vallée et le long de laquelle la petite ville se prolonge. On l’emprunte pour aller à Half Tree Hollow et à Plantation House.

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Le « big carrefour » de Jamestown: Napoleon Street à gauche et Market Street à droite.

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